(A propos de) Meddik

Meddik est et restera un jalon à part, atypique, dans mon parcours d'écrivain; le seul, probablement. C'est en relisant les épreuves envoyées par Gallimard, fin février 2008, que j'en ai véritablement pris conscience. Aussi, voici le choix (forcément arbitraire*, mais peut-être appelé à s'enrichir, au fil du temps) de quelques commentaires intéressants — à mes yeux —, éclairant chacun d'une manière différente le personnage de John Stolker.

* Je n'ai jamais rien appris, ni retiré quoi que ce soit, d'une chronique défavorable ou, pire, incendiaire; la critique négative constructive n'est qu'une légende.

 

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Extrait de la chronique d'E. Collot (2005):
'Priant en fumant une cigarette de "K. Beckin"'

[…] C’est en rendant le récit de SF à une narration dépouillée de toute construction de sens que l’auteur brosse un tableau saisissant d’un futur désaxé, happé, abandonné, condamné à s’abîmer dans les chimères sécrétées par les sociétés humaines. Le héros ne désire plus rien d’autre que de dénouer les fils constitués par les chairs qu’il tranchera, perforera au laser, priant en fumant une cigarette de "K. Beckin", communiant en se faisant le témoin des apparitions du Dieu Eléphant Meddik, celui qui indique le chemin, et le valide, aidant ainsi notre héros des failles à supporter le poids le plus lourd, […]

(la chronique en son entier: Sfmag)

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Extraits de la chronique de P. Patoz (2005):
'John Stolker est à la fois fascinant, abject et pitoyable'

[…] l'intérêt de Meddik réside surtout dans la singulière dérive pseudo-mystique du protagoniste — que l'on ne peut évidemment qualifier de «héros». Nihiliste, il nie Dieu et s'approprie la violence du monde qui l'entoure: «Cette boucherie dantesque m'appartient. D'une certaine manière, je la secrète, la provoque par ma seule nature d'être humain. Je ne peux refuser de prendre part au spectacle de ce que je suis.» (p.11) Mais le vide d'un monde sans Dieu ne lui suffit pas, car paradoxalement «un homme a besoin de Dieu, peut-être, pour tuer — lorsqu'il ne croit plus en rien.» Pour lui, «si Dieu n'existe pas, il doit continuer à leurrer le monde, à peser sur l'esprit des hommes pour mieux les contenir, les humilier.» Dès lors, il s'investit peu à peu dans une mission absurde: «Je ne crois pas en ce foutu Eternel, mais je me battrai jusqu'au bout pour qu'il puisse continuer à nous pourrir l'existence.» (p.191) Personnage complexe, à l'étrange folie et aux contradictions assumés, John Stolker est à la fois fascinant, abject et pitoyable. Manipulateur, il n'est jamais tout à fait dupe de cette rage destructrice qui mène son destin. En réalité, il a le choix et l'a toujours eu. Lorsque, confronté à son double qui a suivi un parcours tout différent malgré un code génétique identique, des conditions de vie et un contexte social comparables, il ne peut plus apparaître comme une victime. On choisit ce que l'on est.
[…] La science-fiction ne sert ici que de décor, de révélateur, d'allégorie. La mégalopole et sa guérilla, les vautours, Mars ne sont rien d'autre qu'une sorte de paysage mental sordide témoignant de la violence hallucinée du personnage central. […]

(la chronique en son entier: Noosphère)

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Le sentiment de Gutboy, un lecteur (2009):
'Il assume son choix, et c’est ce qui le rend terrible'

La profondeur des tombes est à la fois plus noire et moins terrible que Meddik. La deuxième partie de La Profondeur, totalement surréaliste dans son coté superpouvoirs invincibles, ainsi que l’ensemble de la société qui y est décrite, permettent encore un peu au lecteur de prendre une certaine distance par rapport à la noirceur du roman.
Meddik est plus crédible, beaucoup plus proche de notre société quotidienne. Il me semble qu’on y est plus à l’aise dans le sens «plus familier». La prise de distance est beaucoup plus difficile, voire impossible.
C’est ça qui fait mal à mon avis.
Le héros, enfin le protagoniste principal, est profondément humain. Une fois qu’il a compris (ou décidé) que le but premier (final) de chacun est la mort, il en devient un pourvoyeur méthodique. Il assume son choix, et c’est ce qui le rend terrible. Il adapte son idéologie à cette seule fin: trouver celle qui permet d’aller au plus efficace dans la recherche de la mort pour le plus grand nombre.
C’est assez fascinant.
Le héros s’appelle Stolker (stalker?) et le nom de son père — Blöm Stolker — rappelle forcément celui du «père» de Dracula, Bram Stoker.

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Extraits de la chronique de Mokona (2008):
'John Stolker devient petit à petit un monstre de violence calculée'

[…] Sans que cela n'empêche une réflexion sur les causes des comportements des personnages et de l'état de l'univers imaginé. Dans ce livre, rien n'est dû au hasard. Elevé dans une froideur extrême des sentiments John Stolker devient petit à petit un monstre de violence calculée dans une société de violence exacerbée. […]

(la chronique en son entier: Mokona)

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Extraits de la chronique d'A. Chainas (2008):
'Ne reste que l'Homme dans sa profondeur: un trou sans fond'

[…] John Stolker est un fils de dirigeant, arrogant, désabusé et in fine coupé de tout élan métaphysique, sauf lorsqu’il s’allume au K. Beckin, drogue surpuissante qui lui permet, une dernière fois de voir Dieu. Un Dieu syncrétique, païen et malveillant, bien sûr. Un Dieu chimique. Un Dieu qui va lui dire de faire des choses pas belles, mais alors pas belles du tout, voire tout à fait moches… La drogue, dernière alternative d’une humanité qui ne croit plus en rien. La tentative du sacré échoue dans la boue et dans le sang. Ne reste que l’Homme dans sa profondeur : un trou sans fond. Ne reste de l’Homme que la rognure, le mécanisme. L’Homme à qui il ne manque que l’humanité. […]

(la chronique en son entier: A. Chainas)

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Extrait de la chronique d'Oman (2006):
'Car son dieu est la mort'

[…] Absurde, dérangeant, sombre, ce roman met mal à l'aise, de par la gratuité des actes perpétués, par la logique des pensées de cet être torturé mais déplacé en ce monde car son dieu est la Mort. […]

(la chronique en son entier: Scifi-Universe)

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Extraits de la chronique de Finity's end (2010):
'Un parcours émaillé d'épisodes oniriques'

[…] Nous suivons du début à la fin le parcours d'un jeune homme ( jeune au début .. 17 ans .. ) ..
Un parcours émaillé d'épisodes oniriques ... marqué par une pensée très alimenté par des raisonnements sophistes ...
Pour couronner le tout il y a le terreau d'une relation très conflictuelle de ce jeune homme qui évolue dans le voisinage distant d'un père aussi absent qu'étouffant ( du fait du poids de son pouvoir ... du fait de son inertie ... mais surtout et enfin du fait de son omniprésence ravageuse dans l'imaginaire de son fils .. et notamment dans ses phantasmes morbides ) ...
Bref : Une réflexion en profondeur sur la violence et et la construction subtile d'une personnalité violente presque pathologique ..
Une réflexion sur les moyens de contrôle social ...
Une réflexion sur l'acte gratuit ( peut être ?? ) ..
C'est excellent .. subtile .. complexe .. intéressant ....et pas prise de tète pour une cale ....
[…] Ce texte n'a rien de sulfureux ..
Il n'a pas pour but de nous servir une louche ou une dose de meurtre ..
Il n'est pas une narration complaisante ou défaitiste sur la violence ..
Il est au contraire une étude clinique et littéraire de la genèse des comportements violents qui démultipliés conduisent aux pire meurtres de masse comme aux plus désespérantes tragédies individuelles ..

(la chronique en son entier: Amazon.fr)

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Extraits de la chronique de P. Godbillon (2005):
'Ainsi Meddik est/n'est pas'

[…] Si l'on pouvait trouver quelques excuses aux atrocités perpétrées par les "héros" meurtris des précédents ouvrages, John Stolker, personnage principal de Meddik n'a, lui, aucune circonstance atténuante. Pas même la drogue, qu'il consomme à outrance. Fils d'un Juste, la caste dominante sur Terre, vivant dans un immeuble de plus de trois cents étages surplombant Grande-Ville, Stolker est rongé par la haine. Haine de son père, Blöm (Blöm Stolker/Bram Stoker: le père comme vampire?), tout-puissant dirigeant de la Gormac, n'hésitant pas à tuer des enfants lors de l'essai d'un prototype. Haine de la religion qu'on tente de lui enfoncer dans le crâne à coups de phrases toutes faites. Haine de ce qu'il deviendra s'il reste dans le quartier des Justes. La haine jusqu'à l'amour (ses «amis» Susie et Roman). La haine jusqu'à la mort. Après un premier meurtre, Stolker fuit le quartier protégé, pour plonger dans Grande-Ville, cité survolée par d'immenses vautours mutants prêts à emporter quiconque sortirait à découvert ou serait tué dans les combats d'une bien mystérieuse guérilla. Il peut alors laisser ses instincts meurtriers s'exprimer et rencontre, grâce à la drogue, l'éléphant géant qui sera son guide et son protecteur: Meddik (Meddik/Merrick: elephant man, l'autre visage de Stolker, monstre au cœur tendre? Meddik/Mais Dick: hommage au maître?…).
[…] Ainsi Meddik est/n'est pas: un roman de S-F politique, une histoire d'amour, un pamphlet anti-religieux, un cri de rage, une ode à l'humain… […]

(la chronique en son entier: Noosphère)